L’essentiel sur la mobilité interne (TL;DR)
Points clés à retenir :
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Définition et enjeux : La mobilité interne permet à un salarié de changer de poste ou de lieu de travail au sein de la même entreprise sans rupture de contrat. Véritable levier de la GEPP, elle répond aux tensions de recrutement en valorisant les talents déjà présents.
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Quatre typologies clés : Le parcours peut être vertical (promotion), horizontal (changement de fonction), géographique (mutation) ou fonctionnel (nouveau métier). Cette diversité favorise la polyvalence et l’engagement des collaborateurs.
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Avantages stratégiques : Pour l’employeur, elle réduit les coûts de recrutement, accélère la prise de fonction et sécurise les compétences grâce à une culture d’entreprise déjà maîtrisée.
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Pilotage et réussite : Une politique efficace repose sur une charte transparente, une cartographie des compétences précise et un suivi d’indicateurs (taux de mobilité, rétention) via un SIRH performant.
Lorsqu’un poste se libère, le réflexe consiste souvent à regarder le marché externe. Pourtant, une partie des évolutions se joue déjà en interne.
La mobilité interne désigne le changement de poste, de fonction ou de lieu de travail d’un salarié au sein de la même entreprise. Elle ne rompt pas le contrat de travail, mais elle modifie la trajectoire professionnelle.
Selon les derniers chiffres de l’APEC¹, 22 % des cadres ont connu une mobilité interne, soit le niveau le plus élevé observé depuis le début de la mesure en 2009. La mobilité interne n’est donc pas un phénomène marginal. Elle constitue un levier structuré d’évolution professionnelle et un outil concret de gestion des talents.
Définition, typologies, articulation avec la GEPP, avantages et conditions de mise en œuvre : voici comment structurer une politique de mobilité interne crédible et pilotée.
Mobilité interne : définition, cadre et typologies
Qu’est-ce que la mobilité interne ?
Un collaborateur change de poste sans changer d’employeur. Voilà le point de départ.
La mobilité interne désigne le passage d’un salarié vers une nouvelle fonction ou un nouveau lieu de travail au sein de la même entreprise. Il s’agit donc d’un mouvement professionnel interne, à distinguer d’un recrutement externe qui implique une rupture de lien contractuel.
Ce détail juridique compte. La mobilité interne ne rompt pas le contrat de travail. En revanche, certaines situations peuvent en modifier les conditions. Une mutation géographique hors du secteur prévu, par exemple, peut nécessiter l’accord du salarié. La mobilité interne relève donc à la fois de la stratégie RH et du droit du travail.
Le contexte explique pourquoi le sujet revient régulièrement au premier plan. D’après l’enquête Besoins en Main-d’Œuvre 2025 de France Travail², basée sur 446 000 établissements répondants, les employeurs prévoient 2,4 millions de projets de recrutement cette année en France.
Face à cette pression, mobiliser les compétences déjà présentes dans l’organisation devient une réponse concrète et un excellent moyen de renforcer l’expérience collaborateur.
Les différentes formes de mobilité interne
On distingue habituellement quatre types de mobilité interne :
- La mobilité verticale correspond à une promotion. Le salarié accède à un poste comportant davantage de responsabilités.
- La mobilité horizontale consiste à changer de fonction à niveau équivalent. Elle élargit l’expérience sans modifier le statut.
- La mobilité géographique implique un changement de site ou de région. Selon les cas, elle peut constituer une modification du contrat.
- La mobilité fonctionnelle permet de changer de métier au sein de l’entreprise. Elle suppose souvent un accompagnement et un plan de développement des compétences.
Ces formes montrent une chose : la mobilité interne organise des parcours variés. Elle ne se limite pas à gravir les échelons.
Quel lien entre la GEPP et la mobilité interne ?
Dans les entreprises de plus de 300 salariés, la gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP) fait l’objet d’une négociation obligatoire. Son objectif est d’anticiper l’évolution des métiers, des compétences et des effectifs. La mobilité interne constitue l’un des leviers concrets de cette démarche.
- La GEPP identifie les métiers en tension, les compétences à développer et les postes stratégiques à sécuriser.
- La mobilité interne permet d’y répondre en organisant des passerelles entre fonctions, en préparant des plans de succession et en repositionnant les collaborateurs sur des activités prioritaires.
Autrement dit, la GEPP fixe le cap. La mobilité interne met en œuvre les ajustements nécessaires.
Sans mobilité interne, la GEPP reste théorique. Sans GEPP, la mobilité interne manque de vision stratégique.
Les avantages stratégiques de la mobilité interne
Recruter en externe mobilise du temps, des budgets et comporte une part d’incertitude. La mobilité interne a le mérite de réduire ces zones de risque.
En 2024, la Métropole de Lyon³ indiquait que 60 % de ses recrutements étaient réalisés via la mobilité interne. Ce retour d’expérience illustre le poids que peut prendre ce levier dans une grande collectivité.
Stabilité, continuité, visibilité : l’impact côté entreprise
Un collaborateur déjà en poste connaît les outils, les process, la culture d’entreprise. La prise de fonction est alors plus rapide et le temps d’adaptation diminue.
L’organisation bénéficie également d’une meilleure visibilité sur les compétences. Les performances passées sont connues et les marges d’incertitude réduites.
La mobilité interne nourrit aussi la gestion des talents et notamment leur rétention. Elle facilite la constitution de viviers et alimente la réflexion stratégique sur les compétences futures.
Évoluer en interne : construire une trajectoire, pas seulement changer de poste
La mobilité interne permet aussi de construire une progression cohérente dans le temps, dès la phase d’onboarding.
Un passage d’un service à un autre, une prise de responsabilité progressive ou une transition vers un métier connexe offrent une lecture différente du parcours.
Le collaborateur :
- développe une vision plus transversale de l’organisation,
- comprend mieux ses enjeux,
- et élargit son champ d’action.
La mobilité interne devient alors un accélérateur de maturité professionnelle :
- elle structure le parcours,
- elle évite l’enfermement dans une fonction unique et l’ennui qui en découle parfois,
- et elle crée des profils polyvalents, capables d’évoluer avec l’entreprise.
💡Focus sur le dispositif de la démission-reconversion
Il arrive toutefois que l’entreprise ne puisse pas répondre au souhait d’évolution du salarié. Certaines reconversions profondes ou projets de création d’entreprise ne trouvent pas d’équivalent en interne.
Dans ces situations, le dispositif de démission-reconversion permet à un salarié en CDI de démissionner tout en percevant l’allocation chômage, à condition d’avoir au moins cinq ans d’activité continue et de faire valider son projet de reconversion comme “réel et sérieux” par Transitions Pro.
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Mettre en place et piloter une politique de mobilité interne
Une mobilité interne efficace ne doit pas reposer sur de simples intentions. Elle tient dans la manière dont l’entreprise organise les règles, arbitre les tensions et suit ses résultats. Sans cadre précis, la mobilité peut alors sembler opportuniste et vite alimenter les frustrations.
Étape 1 : Poser des règles claires et assumées
Encourager les candidatures internes ne suffit pas. Les salariés doivent savoir comment les décisions sont prises.
Pour structurer une démarche claire, il est souvent préférable d’opter pour une charte de mobilité interne. Elle précisera notamment :
- les critères d’accès aux postes,
- les priorités d’arbitrage, par exemple donner la priorité à l’interne à compétences équivalentes,
- les délais de réponse,
- et les conditions de confidentialité des candidatures.
Ces points clarifient aussi le rôle du manager actuel :
- à quel moment est-il informé ?
- Peut-il s’opposer à un départ ?
- Qui tranche en cas de désaccord entre deux services ?
Une mobilité interne crédible repose donc sur un principe simple : les règles sont écrites, connues et appliquées.
Étape 2 : Structurer un processus réellement opérationnel
La cartographie des compétences constitue le socle du dispositif. Sa fonction va bien au-delà de simplement recenser des métiers, elle permet d’identifier des passerelles concrètes entre fonctions et de rendre visibles des compétences parfois sous-estimées.
Les entretiens professionnels jouent un rôle central, car ils permettent de confronter les aspirations individuelles aux besoins futurs de l’organisation. On ne parle plus seulement d’envie d’évolution, mais de trajectoire possible :
- métier cible,
- compétences à développer,
- étapes intermédiaires, etc…
La publication systématique des offres internes, avec un calendrier clair et un retour formalisé à chaque candidat, renforce la confiance dans le dispositif. Certaines entreprises vont plus loin et créent une cellule dédiée pour accompagner les transitions et gérer les tensions entre équipes. Ce type de dispositif est souvent adossé à un SIRH intégrant la gestion des talents et des mobilités.
Étape 3 : Mesurer pour ajuster
Une politique de mobilité interne ne peut pas être pilotée à l’impression. Elle se mesure à travers des indicateurs précis tels que :
- Le taux de mobilité interne et la part des postes pourvus en interne donnent une première indication.
- Le nombre de promotions comparé aux mobilités latérales révèle la diversité des parcours proposés.
- La durée moyenne dans un poste permet d’identifier les zones où rien ne bouge.
Le taux de rétention après mobilité et le niveau de satisfaction des collaborateurs apportent un éclairage complémentaire. Ils montrent si la mobilité renforce réellement l’engagement ou si elle crée des déceptions.
Ces indicateurs rendent visibles les blocages :
- quelles équipes retiennent systématiquement leurs talents ?
- Quels sont les métiers sans passerelles identifiées ?
- Quelles sont les inégalités d’accès aux opportunités ? etc…
Ils nourrissent le dialogue entre RH et managers et permettent d’ajuster la politique.
Une mobilité interne structurée repose donc sur trois fondements concrets :
- des règles explicites,
- un processus outillé
- et un pilotage régulier.
La réussite d’une mobilité interne tient aussi à la qualité du crossboarding, c’est-à-dire à l’accompagnement structuré du collaborateur dans sa nouvelle fonction.
FAQ - Mobilité interne
Qu’est-ce que la mobilité interne ?
La mobilité interne correspond au changement de poste, de fonction ou de lieu de travail d’un salarié au sein de la même entreprise. Le contrat de travail n’est pas rompu, contrairement à un recrutement externe.
Selon la situation, certaines mobilités, notamment géographiques, peuvent modifier un élément du contrat et nécessiter l’accord du salarié.
Quels sont les différents types de mobilité interne ?
On distingue généralement quatre formes principales :
- La mobilité verticale : évolution hiérarchique vers un poste à responsabilités supérieures.
- La mobilité horizontale : changement de fonction à niveau équivalent.
- La mobilité géographique : mutation vers un autre site ou une autre région.
- La mobilité fonctionnelle : changement de métier ou de domaine d’activité.
Ces différentes formes permettent d’organiser des parcours professionnels variés sans changer d’employeur.
Quels sont les principaux avantages de la mobilité interne ?
Pour l’entreprise, la mobilité interne réduit les coûts et les délais liés au recrutement externe, tout en sécurisant les compétences. Elle alimente la gestion des talents et les plans de succession.
Pour le salarié, elle offre une évolution professionnelle sans rupture de contrat. L’ancienneté est conservée, l’environnement reste connu et les compétences s’enrichissent.
Comment mettre en place une stratégie de mobilité interne ?
Une stratégie efficace repose sur trois éléments structurants :
- Un cadre formalisé avec des règles transparentes et des critères connus.
- Un processus clair, appuyé sur la cartographie des compétences et les entretiens professionnels.
- Une communication régulière sur les postes ouverts et les possibilités d’évolution.
La mobilité interne ne peut fonctionner durablement sans équité perçue et sans articulation avec la gestion des talents.
Quels outils et indicateurs utiliser pour piloter la mobilité interne ?
Le pilotage repose sur des outils de gestion des compétences et des tableaux de bord RH. Les indicateurs les plus suivis sont :
- Le taux de mobilité interne.
- La part des postes pourvus en interne.
- Le délai moyen de prise de poste.
- Le taux de rétention après mobilité.
Ces données permettent d’évaluer l’efficacité du dispositif et d’ajuster la politique si nécessaire.
¹ Source : Apec, Baromètre 2022 de la mobilité des cadres, données publiées dans les études Apec 2022–2023
² Source : France Travail, Enquête BMO 2025
³ Source : France travail, témoignage publié le 25 mars 2024